Les établissements scolaires sont des lieux d’apprentissages, ce ne sont pas des garderies. Et les élèves ne sont pas en capacité d’apprendre lorsque la température dépasse 28° dans les salles de classe, et lorsque les cours de récréation sont goudronnées et non ou insuffisamment arborées.
En 1860, Gustave Rouland, premier ministre de l’instruction publique, affirmait que « si nous pouvons faire aimer à nos jeunes élèves les lieux où se passent leurs premières années, nous auront beaucoup fait pour leur véritable éducation» (circulaire ministérielle du 23 janvier 1860, citée par Le Cœur, 2005)(1).
L’épisode caniculaire que nous venons de vivre, et les conditions désastreuses de travail des élèves et des personnels, montrent que cet objectif n’est toujours pas atteint.
Pourtant, dans les années 2000, plusieurs études menées en Europe, en Australie ou aux Etats-Unis, montrent les liens qui existent effectivement entre le bâti et le climat scolaire.
En même temps, de nombreuses recherches en sciences de l’éducation mettent en évidence l’importance de l’environnement dans les apprentissages.
Les épisodes de canicules vont se multiplier. Deux démarches vont nous permettre d’y faire face : penser collectivement et commencer à construire demain dès aujourd’hui.
En effet, lorsqu’un problème a des conséquences sociales et sociétales, il doit être pensé par la société dans son ensemble car il s’agit d’un problème politique.
Or, les épisodes de canicule qui se multiplient ont des causes politiques : le système libéral est fondé sur l’exploitation des ressources à outrance, le productivisme, le consumérisme et l’individualisme(2).
La Terre ne peut plus supporter cette croissance sans limites.
En 1980, les températures avoisinaient celles de 1900. C’est à cette période qu’elles ont commencé à augmenter fortement et de plus en plus rapidement. En 2024 les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont encore augmenté de 1,3 %(3) pour nourrir le système capitaliste et libéral, aux dépens des êtres humains et non-humains qui habitent la Terre.
Face à cette situation mortifère, le gouvernement continue à faire voter des lois qui promeuvent l’agriculture productiviste et l’artificialisation des sols. Cela va générer de grandes quantités de CO2 et aggraver l’assèchement des sols. Chaque kg de CO2 émis aggrave le dérèglement climatique ; chaque hectare artificialisé aggrave les
phénomènes de ruissellement lors des épisodes de pluies ; chaque hectare de forêt déboisé aggrave les effets des canicules et la sécheresse.
En France, la canicule de 2025 a tué plus de 5000 personnes3. Les températures relevées durant la canicule du mois de juin en France sont en moyenne 12°C au-dessus des normales saisonnières(4). Or, des études ont montré que la productivité du travail décroît au-dessus de 28°C. Comment peut-on penser que des élèves soient dans de bonnes
conditions dans des salles de classes où la température dépasse 30°?
Des mesures politiques sont donc nécessaires afin que les errements observés cette année ne se renouvellent pas : le syndicat Lutte de Classes éducation Limousin a donc envoyé une lettre ouverte à Mme la Rectrice de l’Académie de Limoges, ainsi qu’aux DASEN de Corrèze, Creuse, Haute-Vienne et aux conseils départementaux.
- Dans un premier temps, nous demandons que de la loi soit respectée dans tous les EPLE.
- Le décret 2025-482 a été promulgué pour mettre les élèves et les personnels en sécurité.
- L’art. R. 4223-13. formule que les locaux fermés affectés au travail sont, en toute saison,maintenus à une température adaptée compte tenu de l’activité des travailleurs et de l’environnement dans lequel ils évoluent. Cela n’est pas le cas dans un grand nombre d’EPLE.
- L’art. R. 4463-1. précise que _l’épisode de chaleur intense est défini par référence à un dispositif développé par Météo-France pour signaler le niveau de danger de la chaleur.
- Lorsqu’un département est placé en « alerte rouge », l’employeur doit donc modifier et aménager les lieux et postes de travail.
- Il doit également adapter l’organisation du travail, et notamment des horaires de travail, afin de limiter la durée et l’intensité de l’exposition et de prévoir des périodes de repos. (_Art. R. 4463-3 )
- L’Art. R. 4463-7. précise que lors de la survenue des épisodes de chaleur intense, l’employeur met en œuvre les mesures ou les actions de prévention définies en application de l’article R. 4463-3
- Les élèves ne peuvent pas apprendre lorsque les températures sont élevées (supérieures à 28°C). Les établissements scolaires sont des lieux d’apprentissages, pas des garderies. Nous demandons donc la suppression des cours dans les bâtiments exposés à des températures supérieures à 28°C, quel que soit le niveau d’alerte météorologique, afin d’organiser les journées des personnels et des élèves différemment, dans des lieux adaptés. Ceci se prévoit et s’organise en amont des canicules, et pas lorsqu’elles sont là, par des cafouillages et des bafouillages qui laissent les élèves et le personnel parfois en situation de prise de risque pour leur santé.
- Tout ceci doit être organisé en partenariat avec le personnel, les élèves et les familles. Cela permettra de mettre en sécurité l’ensemble des personnels qui travaillent dans les EPLE.
- Nous demandons à l’État d’assumer son rôle en finançant à nouveau l’isolation, la rénovation, voire la reconstruction des bâtiments d’enseignement publics afin qu’ils soient en accord avec les ambitions de bien-être et de réussite scolaire que le gouvernement semble s’être fixé.
- Nous demandons aux collectivités locales de participer à la conception et à la mise en œuvre de ces aménagements, en restant toujours à l’écoute des personnels, des élèves et de leurs familles.
- Penser les canicules ne peut pas et ne doit pourtant pas se limiter aux établissements scolaires. En effet, lorsque les établissements sont fermés, et/ou les cours annulés, les élèves se retrouvent dans des appartements où il fait souvent plus chaud.
- Nous demandons l’ouverture de discussions avec les collectivités territoriales, soutenues par l’État, concernant les aménagements futurs et les modalités d’occupation des bâtiments et lieux publics afin de permettre aux habitant.e.s vulnérables de bénéficier d’endroits vivables au moins durant la journée.
- Il est d’autre part absolument nécessaire de rendre pérenne l’interdiction d’artificialisation des sols, et d’augmenter les surfaces végétalisées, tant dans les zones rurales qu’urbaines. Au lieu de cela, Marc CHAVENT, député de l’Ain, a déposé en mars 2026 une proposition de loi visant à faciliter l’artificialisation des sols, ce qui va contribuer à l’aggravation des canicules.
Les épisodes de canicule sont des conséquences du dérèglement climatique. Ni l’un ni l’autre ne sont des fatalités. Ce sont les résultats des décisions politiques prises à l’échelle des pays et du monde.
La Boétie(5) a très justement écrit qu’il peut être difficile de désobéir, mais qu’il suffit souvent de ne pas obéir à un tyran. Le libéralisme a créé l’illusion du « pouvoir d’achat » qui procurerait le bonheur. C’est un miroir aux alouettes. Edouard BERNAYS est très éclairant à ce sujet(6). En continuant à obéir à ses injonctions de consommation, nous participons à l’extinction du vivant.
Trois questions se posent donc à nous :
- Continuer à détruire le vivant par notre mode de vie nous apporte-t-il le confort ?
- Avons-nous envie de vivre dans un climat mortifère ? (canicules, sécheresses, tempêtes, etc.)
- Avons-nous envie de léguer à nos enfants une planète où le vivant sera anéanti ?
Sources :
1. Trema : Revue internationale en science de l’éducation et
didactique, _peut-on penser le bonheur à l’école ?, Histoire et
courants architecturaux du bâtiment scolaire, une nouvelle ère à
venir ?, _Sarah Barthelemy et Laurent Jeannin, 2019
2. J-J RAYNAL, _Histoire des grands courants de la pensée politique,
_Les fondamentaux, Hachette Supérieur, 2020.
3. France Culture, Marc-André SELOSSE, biologiste, les enjeux
internationaux, 25/06/2026
4. France Culture, Patrick Artus, économiste, Les Matins, 25/06/2026.
5. E. de la Boétie, _Discours de la servitude volontaire, _Librio, Ed.
J’ai Lu, 2023.
6. Edouard BERNAYS, _Propaganda_, 1ère édition : 1928 ; traduction
française : Ed. La Découverte, Paris, 2007.
LETTRE OUVERTE AUX RESPONSABLES : RECTRICE, DASEN, CONSEILS DÉPARTEMENTAUX.
La canicule a des causes politiques, nous devons donc lui apporter des réponses politiques.
Les établissements scolaires ne sont pas des garderies. Ce sont des lieux d’apprentissages. Et les élèves ne sont pas en capacité d’apprendre lorsque la température dépasse 28° dans les salles de classe, et lorsque les cours de récréation sont goudronnées et non ou insuffisamment arborées.
En 1860, Gustave Rouland, premier ministre de l’instruction publique, affirmait que « si nous pouvons faire aimer à nos jeunes élèves les lieux où se passent leurs premières années, nous auront beaucoup fait pour leur véritable éducation » (Circulaire ministérielle du 23 janvier 1860, citée par Le Cœur, 2005).
L’épisode caniculaire que nous venons de vivre, et les conditions désastreuses de travail des élèves et des personnels, montrent que cet objectif n’est toujours pas atteint.
Pourtant, dans les années 2000, plusieurs études menées en Europe, en Australie ou aux Etats-Unis, montrent les liens qui existent effectivement entre le bâti et le climat scolaire.
En même temps, de nombreuses recherches en sciences de l’éducation mettent en évidence l’importance de l’environnement dans les apprentissages.
Les élèves ne peuvent pas apprendre lorsque les températures sont élevées (supérieures à 28°C).
- En conséquence, nous demandons la suppression des cours dans les bâtiments exposés à des températures supérieures à 28°C, quel que soit le niveau d’alerte météorologique, afin d’organiser les journées du personnel et des élèves différemment, dans des lieux adaptés. Ceci se prévoit et s’organise en amont des canicules, et pas lorsqu’elles sont là, par des cafouillages qui laissent élèves et personnels parfois en situation de prise de risque pour leur santé.
- Ceci doit être organisé en partenariat avec les personnels, les élèves et les familles.
- Il est indispensable de mettre en sécurité l’ensemble des personnels qui travaillent dans les EPLE.
- Nous demandons à l’État d’assumer son rôle en finançant à nouveau l’isolation, la rénovation, voire la reconstruction des bâtiments d’enseignement publics afin qu’ils soient en accord avec les ambitions de bien-être et de réussite scolaire que le gouvernement semble s’être fixé. Il ne s’agit pas d’une dépense mais d’un investissement.
- Nous demandons aux collectivités locales de participer à la conception et à la mise en œuvre de ces aménagements, en restant toujours à l’écoute du personnel et des élèves.
- Penser les canicules ne peut pas et ne doit pourtant pas se limiter aux établissements scolaires. En effet, lorsque les établissements sont fermés, et/ou les cours annulés, les élèves se retrouvent dans des appartements où il fait souvent plus chaud.
- Nous demandons l’ouverture de discussions avec les collectivités territoriales, soutenues par l’État, concernant les aménagements futurs et les modalités d’occupation des bâtiments et lieux publics afin de permettre aux habitant.e.s vulnérables de bénéficier d’endroits vivables au moins durant la journée.
- Dans notre académie, de nombreux bâtiments abandonnés pourraient être rénovés à cette fin.
- Il est d’autre part absolument nécessaire de rendre pérenne l’interdiction d’artificialisation des sols, et d’augmenter les surfaces végétalisées, tant dans les zones rurales qu’urbaines.