Alerte rouge ! Marchandisation de l’enseignement supérieur et de la recherche : comment l’État finance le privé (et appauvrit le public) ?

On y est : 100 % des universités françaises annoncent qu’elles sont en déficit et tirent la sonnette d’alarme quant à la dégradation fulgurante de l’enseignement supérieur, en cours voire en phase terminale actuellement : abandonnées par l’État, nos universités ne seront très bientôt plus en capacité d’assurer les formations nécessaires à la jeunesse du pays. Déjà, chaque année, Parcoursup laisse plus de 100 000 étudiant.e.s sur le carreau. Dans ces conditions, quel avenir pour la jeunesse ? Analyse.

Repéré comme un gisement de profit, le secteur de l’enseignement supérieur a été peu à peu dérégulé, et ce depuis 2002. En 2007, la loi LRU, relative à l’autonomie (sic) des universités lui a asséné un coup fatal, dont il ne se remet pas.

Autrefois cantonné aux écoles d’ingénieur.e.s et de commerce (refuges pour les élèves de la classe bourgeoise), le secteur privé en profite alors pour prendre son envol et investit, dès 2010, de nouvelles filières comme les écoles d’art ou aujourd’hui de droit ou encore de journalisme (l’ESJ de Paris est par exemple en partie financée par Bolloré).

En 2017, Muriel Pénicaud, alors Ministre du Travail. parachève le projet Macron-El Khomri : en inversant les normes, ce gouvernement pulvérise le droit du travail, socle du pays, au même moment où Macron, alors en début de mandat, engage sa réforme de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel, dont le Sinistre Jean-Michel Blanquer sera le principal artisan.
Nouveau coup de boutoir en 2018 avec la mise en place des EPE (établissements publics expérimentaux, ce label servant de maquillage à de nombreuses déstructurations), de Parcoursup, et de cette fameuse loi pour l’apprentissage.

Bilan : le secteur privé représente aujourd’hui 84 % des apprentissages proposés sur Parcoursup. Il est largement dominé par Galileo Global Éducation, premier groupe privé européen du secteur, et qui compte au sein de ses instances dirigeantes… Muriel Penicaud. Tiens, tiens… Cette porosité entre le politique et le privé ne laisserait-elle pas augurer du pire. N’est-elle pas, d’ailleurs, condamnable ?

En outre, les CFA privés (centres de formations d’apprentis) ont ainsi réussi à capter environ 30 milliards d’euros, avec en plus l’objectif affiché de réduire la durée des études et améliorer (sic) l’employabilité (en formant des « bachelors en trois ans »).

Un étudiant sur quatre est désormais inscrit dans le privé, ce qui représente une augmentation de 72 % en dix ans. La prime Macron pour l’apprentissage, liée à sa fameuse loi, est ainsi une subvention publique pour des filières privées. Selon un récent rapport de la Cour des Comptes, c’est un effet d’aubaine au coût dévastateur pour l’État. Pour en arriver là, beaucoup d’argent public a été dépensé.

À n’en pas douter, le système capitaliste, qui n’a aujourd’hui plus besoin des mêmes qualifications, a décidé de broyer l’enseignement supérieur et la possibilité pour la jeunesse d’accéder à des qualifications hors des exigences patronales, ce qu’avait pourtant gagné après guerre la classe ouvrière et, plus largement, les classes populaires.

Dans de nombreuses villes désormais, des salons pré-Parcoursup ont vu le jour, où l’on promet et vend sur place des formations privées, dont certaines sont même hors Parcoursup et permettent aux étudiants de s’inscrire dès le mois de janvier afin de s’épargner la montagne de stress occasionnée par l’utilisation de cette plate-forme. On croît rêver.

On relève pourtant au sein de ces filières privées de très nombreux problèmes : d’abord, les frais d’inscription sont de plus en plus faramineux.
Ensuite, et puisqu’il s’agit de faire de l’argent, la plupart des professeurs ne sont pas ou en tous cas trop peu formés et il est constaté une absence quasi-totale de pédagogie, au détriment des étudiant.e.s. qui, en outre, doivent travailler dans des locaux peu entretenus voire insalubres.
Cerise sur le gâteau, certains examens sont régulièrement carrément annulés, faute d’être en capacité de les mettre en place…

C’est que, lorsque par exemple Galileo Global Éducation rachète une école, on observe systématiquement une politique budgétaire visant à réduire les coûts de toutes les façons possibles. La méthode consiste le plus souvent à réduire de 20 % les dispositifs pédagogiques, de 40 % les frais de fonctionnement pour finalement… offrir 40 % de bénéfices (estimés aujourd’hui à 1 milliard d’euros environ) aux actionnaires du groupe.
Le coût annuel par étudiant est quant à lui estimé à 10 000 € en moyenne.

La Macronie, qui ne s’arrête jamais en si bon chemin, prévoit maintenant la création d’un label spécial pour les établissements privés qui devraient être prochainement habilités à délivrer Licences, Masters, diplômes d’ingénieur.e.s et autres certificats de formations…

À ce tableau s’ajoute, comme pour le parachever, la course actuelle à la militarisation, y compris en Europe, qui a pour conséquence directe que les grands groupes de formation investissent désormais massivement dans le domaine militaire. Un chef-d’œuvre.

Quelle conclusion ?

Une part croissante de la population étudiante est aujourd’hui en détresse. Ces étudiant.e.s deviennent et deviendront pour la plupart des travailleurs en situation de précarité et en détresse : on recense désormais un quart de démissions avant les fins de périodes d’essai. Quelle protection envisager pour ces étudiant.e.s dont les rêves sont souvent brisés ? Quelles régulations les pouvoirs publics devraient-ils mettre en place ?

Pour Lutte de Classes éducation – Limousin, l’argent public doit permettre aujourd’hui de financer tous les ingénieurs et philosophes (…) dont nous allons avoir grand besoin pour faire face aux défis écologiques, sociaux et politiques qui se présentent à nous. L’État doit se donner les moyens de financer le supérieur et interdire le lucratif dans ce secteur en concentrant les financement dans le dans le secteur public. 150 000 places dans l’enseignement supérieur sont ainsi à financer de toute urgence, pour un coup total estimé à 31 milliards d’euros environ (l’État dépense aujourd’hui 15 milliards d’euros pour le public alors qu’il subventionne le privé à hauteur de 24 milliards d’euros). Enfin, il faut de toute urgence abolir Parcoursup, cheval de Troie de la libéralisation de ce secteur, et ré-ouvrir grandes les portes des universités publiques à toutes celles et ceux qui souhaitent se former.

Communiqué du syndicat Lutte de classes – éducation – Limousin du 17 septembre 2026.